Interview de Maxime FONTVIELLE, dirigeant de La ManufactureF

À 32 ans, Maxime FONTVIELLE dirige La ManufactureF, une entreprise de mécanique de précision basée au Pays basque. Passionné par la technique depuis son plus jeune âge, il a construit son parcours exclusivement par l’apprentissage, en passant de petites structures à des grands groupes industriels avant de créer sa propre société. matériel médical, pièces aéronautique et pièces sur mesure, il revient sur son parcours, les défis de son métier et les opportunités qu’offre un secteur en pleine demande.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Maxime FONTVIELLE, j’ai 32 ans et je dirige aujourd’hui La ManufactureF, une entreprise située à Anglet, au Pays basque. Nous sommes spécialisés dans la sous-traitance en mécanique de précision pour différents secteurs, notamment le médical, l’aéronautique et les loisirs.
Quel a été votre parcours pour en arriver ici ?
Mon parcours est entièrement construit autour de l’apprentissage et de l’alternance. J’ai commencé par un baccalauréat professionnel de technicien d’usinage chez les Compagnons du Devoir à Colomiers. Cette première expérience m’a permis de découvrir le métier dans sa globalité grâce à mon alternance chez JPP Industrie. Travailler dans une structure à taille humaine m’a donné une vision très concrète du métier et de ses différentes facettes. J’ai ensuite poursuivi avec un BTS Industrialisation de Produits Mécaniques (IPM) en alternance. Cette fois-ci, j’ai intégré une entreprise plus structurée où j’occupais principalement un poste de tourneur. Cette expérience m’a permis d’approfondir mes compétences techniques tout en découvrant un environnement industriel différent.
Après cela, j’ai rejoint la région parisienne pour suivre une licence professionnelle COTEMI (Coordinateur Technique des Méthodes d'Industrialisation) à l’AFORP. J’étais alors en alternance chez Souriau, une entreprise de plus de 300 collaborateurs. Cette période a marqué un tournant important dans mon parcours puisque je suis passé de l’atelier au bureau des méthodes. Cette expérience m’a permis d’élargir ma vision du métier et de comprendre davantage les enjeux liés à l’organisation et à la préparation du travail. À l’issue de cette formation, j’ai débuté ma carrière professionnelle chez Hurco Companies, un fabricant de machines-outils. J’y ai occupé le poste de technicien d’application pendant sept ans. Les missions étaient extrêmement variées et très enrichissantes. Ce poste m’a permis de parcourir la France, de découvrir de nombreuses entreprises et d’élargir considérablement mon expérience technique.
J’avais depuis longtemps le projet de créer ma propre entreprise. J’ai finalement franchi le pas il y a trois ans en lançant La ManufactureF.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre propre entreprise ?
L’idée d’entreprendre est née très tôt. Déjà pendant mon bac pro, je me rendais compte à quel point ce métier me passionnait. Après les cours ou les journées de travail, je restais souvent à l’atelier pour fabriquer des pièces personnelles ou aider des amis. Je ne voyais pas cela comme une contrainte, mais comme un véritable plaisir. Cette passion m’a progressivement fait comprendre qu’il existait une réelle opportunité dans ce domaine. J’aimais profondément ce que je faisais et je pouvais y consacrer beaucoup de temps sans ressentir de lassitude.
La véritable confirmation est arrivée pendant mes années chez Hurco. En visitant de nombreuses entreprises partout en France, j’ai constaté un phénomène récurrent : beaucoup de dirigeants cherchaient désespérément du personnel qualifié. Certains me proposaient même directement de rejoindre leur structure. Cela m’a montré qu’il existait une forte demande et un potentiel de développement.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ? Avez-vous une journée type ?
La seule véritable constante de mes journées, c’est que je suis à l’atelier avec pour objectif de faire fonctionner les machines et produire des pièces de qualité. Pour le reste, aucune journée ne ressemble à une autre. La diversité des projets est l’un des meilleurs aspects de mon métier. Il y a quelques semaines, j’ai consacré près d’un mois à la fabrication de pièces d’un dispositif destiné à aider les personnes ayant subi un AVC. Il s’agissait de composants particulièrement précis et exigeants. Aujourd’hui, je travaille par exemple sur des pièces d’aspect équipant l’habitacles de jets privés. Demain, je pourrai fabriquer une pièce pour une moto, puis le lendemain intervenir sur un projet totalement différent.
Cette variété permanente m’oblige à m’adapter et entretient ma motivation. Chaque nouveau projet apporte son lot de défis techniques et de problématiques à résoudre.
Quelles sont les qualités importantes pour réussir dans l’usinage de précision ?
La première qualité est la rigueur. Dans l’usinage, le moindre détail compte. Une pièce résulte de la combinaison de milliers de paramètres qui doivent tous être maîtrisés pour atteindre le niveau de précision attendu. Il faut également être très consciencieux et méthodique. L’expérience joue un rôle important dans cette capacité à anticiper les difficultés et à prendre les bonnes décisions au bon moment. Enfin, il faut aussi faire preuve d’audace et de persévérance. Certaines pièces demandent d’aller très loin dans la réflexion technique pour trouver des solutions adaptées. Il faut être capable de relever ces défis sans se décourager et de chercher constamment à progresser.
Quel est le principal défi que vous rencontrez aujourd’hui ?
Le principal défi est clairement la complexité technique des projets qui me sont confiés. Au fil du temps, j’ai développé une réputation qui fait que les clients viennent souvent me voir lorsqu’ils ont besoin de réaliser des pièces particulièrement difficiles. Mon entreprise s’est spécialisée dans ce type de demandes exigeantes où il faut trouver des solutions là où d’autres rencontrent des limites. Chaque projet représente donc un challenge. L’objectif est de réussir à produire une pièce conforme, dans les délais, tout en respectant les niveaux de qualité demandés. Cela implique de gérer une multitude de paramètres techniques et de résoudre des problèmes parfois très complexes.
C’est précisément cet aspect qui me passionne : relever des défis techniques au quotidien et parvenir à fabriquer des pièces qui semblaient parfois impossibles à réaliser.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous orienter vers l’usinage ?
À l’origine, je n’avais pas de projet professionnel clairement défini. J’étais en seconde générale et je ne trouvais pas vraiment ma voie. En revanche, j’ai toujours aimé bricoler et fabriquer des choses.
À cette période, j’ai découvert les Compagnons du Devoir en naviguant sur Internet. Je passais beaucoup de temps à réparer, modifier et réparer des mobylettes. En explorant différents forums, je voyais des personnes capables de refabriquer des pièces mécaniques. J’ai rapidement fait le lien entre cette activité et le métier d’usineur. J’ai décidé de me lancer dans cette voie et le résultat a été immédiat. Dès les premières expériences, je me suis senti à ma place et j’ai compris que j’avais trouvé un domaine qui me correspondait parfaitement.
Quel est votre meilleur souvenir de votre formation à l’AFORP ?
Mon meilleur souvenir reste avant tout la rencontre avec un enseignant qui était la référence technique de la formation et avec lequel j’entretenais une excellente relation. Plus largement, ce que je retiens surtout de cette période, c’est l’alternance et l’expérience acquise en entreprise. Le véritable intérêt de cette licence résidait selon moi dans l’ouverture qu’elle m’a apportée en me permettant de découvrir le fonctionnement d’un bureau des méthodes et de sortir du cadre traditionnel de l’atelier.
Cette expérience m’a permis d’aborder de nouveaux sujets et d’élargir ma vision du métier, même si l’essentiel des apprentissages est venu de l’entreprise elle-même.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent suivre votre voie ?
Je leur dirais d’abord de foncer. C’est un secteur qui offre énormément d’opportunités et qui continuera à recruter dans les années à venir. C’est aussi un métier passionnant pour toutes les personnes qui aiment la technique, la mécanique et le travail manuel. Chaque jour, nous créons des objets qui ont une utilité réelle et qui participent à des projets importants dans de nombreux secteurs.
Mon principal conseil serait surtout de ne jamais avoir peur d’être passionné. Dans certaines formations, il arrive que des élèves peu motivés donnent une mauvaise image du métier ou créent une ambiance décourageante. Il ne faut pas se laisser influencer par cela. Lorsque l’on est véritablement passionné et impliqué, les portes s’ouvrent très largement. Les entreprises recherchent des personnes investies, curieuses et motivées. Cette passion devient rapidement un véritable moteur de réussite.
L’usinage est un métier exigeant, mais aussi extrêmement noble et valorisant. Pour ceux qui aiment comprendre, fabriquer et relever des défis techniques, c’est une voie professionnelle particulièrement enrichissante.
