Interview alumni : Alexis DELBOS, Inspecteur d’équipements sous pression

Interview alumni : Alexis DELBOS, Inspecteur d’équipements sous pression

Parti d’un bac professionnel en chaudronnerie, Alexis a progressivement gravi les échelons jusqu’à devenir inspecteur d’équipements sous pression dans l’industrie pétrochimique. Aujourd’hui en mission en Martinique, il veille à la sécurité d’installations sensibles tout en jonglant entre terrain et analyse. Il revient sur son parcours, les réalités de son métier et les défis humains qui rythment son quotidien.

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je m’appelle Alexis DELBOS. J’ai commencé mon parcours avec un bac professionnel et un CAP en chaudronnerie à l’AFORP. Ensuite, j’ai continué avec un BTS chaudronnerie en alternance dans un CFAI en Bourgogne. Pendant mon bac pro, j’étais dans une entreprise de ferronnerie, ce qui m’a permis d’avoir une première approche terrain. Puis, lors de mon BTS, j’ai intégré une entreprise de tôlerie fine de précision. Cela m’a permis de découvrir plusieurs environnements de travail : l’atelier, le bureau des méthodes et le bureau d’études. Cette polyvalence m’a beaucoup apporté.

J’ai ensuite poursuivi avec une licence d’inspecteur de site industriel à l’université du Havre, toujours en alternance, dans une entreprise du groupe INEOS, sur une plateforme chimique du Jura. Cette formation m’a permis de devenir inspecteur d’équipements sous pression. J’ai ensuite travaillé en tant qu’inspecteur pour le nucléaire, en intervenant sur des installations comme les générateurs de vapeur ou les cuves de réacteur, notamment chez Framatome, via Bureau Veritas. Je faisais de la supervision de soudage et des contrôles non destructifs.

Aujourd’hui, je travaille dans une société d’ingénierie et je suis en mission en Martinique, dans le secteur pétrolier, où je m’occupe du suivi en service des équipements sous pression.

En quoi consiste ton métier aujourd’hui ?

Je n’ai pas vraiment de journée type, car tout dépend des urgences et des projets en cours. Mais globalement, mon travail est réparti entre le terrain et le bureau. Le matin, je vais sur site pour faire une tournée d’inspection. Je vérifie les unités, c’est-à-dire les zones où se trouvent les équipements sous pression. Je m’assure qu’il n’y a pas de fuite, que tout fonctionne correctement et je réalise certaines inspections.

Mon rôle est de surveiller l’intégrité des infrastructures pour éviter tout risque pour l’environnement, les biens et les personnes. On peut comparer mon métier à celui d’un médecin généraliste, mais pour les installations industrielles.

L’après-midi, je reviens au bureau pour analyser ce que j’ai observé. En fonction des résultats, je peux lancer des contrôles non destructifs, comme des radiographies ou des ultrasons, ou demander des travaux de maintenance. Je rédige aussi des rapports et je fais des analyses critiques.

Combien de temps dure ta mission en Martinique ?

Cette mission en Martinique est un peu particulière. Dans les raffineries, il y a ce qu’on appelle des “arrêts techniques” qui ont lieu environ tous les 7 ans. Pendant ces périodes, l’usine s’arrête complètement pour effectuer de gros travaux de maintenance. Comme ces arrêts sont rares et très coûteux, il faut anticiper énormément en amont. Mon rôle, sur ces trois années, est justement de suivre les équipements, d’identifier les besoins et de préparer les travaux qui auront lieu lors du prochain arrêt, prévu en 2028. Donc la durée de la mission correspond à cette phase de préparation. Mais sinon, les missions peuvent varier, il n’y a pas de règle fixe.

Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

J’ai choisi le métier d’inspecteur parce qu’il est très diversifié. On touche à beaucoup de domaines : la technique, la réglementation, le soudage, les contrôles, les codes de construction… On échange aussi avec beaucoup de spécialistes, ce qui permet d’apprendre en permanence. C’est un métier où on reste généraliste, un peu comme un couteau suisse.

Il y a aussi une dimension importante liée à la responsabilité. Je travaille dans un service d’inspection reconnu par l’État, ce qui signifie qu’on doit être irréprochable dans nos décisions. On ne prend pas de décisions en fonction d’enjeux financiers, mais uniquement en fonction de la sécurité et de la réglementation.

Quel est le plus grand défi que tu rencontres dans ton métier ?

Le plus grand défi, c’est clairement l’aspect humain. Quand tu prends une décision technique, tu engages ta crédibilité. Tu es vu comme un expert, donc tu dois être sûr de toi et capable d’expliquer tes choix. Parfois, tu dois refuser de remettre en service un équipement, ce qui peut représenter des pertes financières énormes pour l’exploitant. Dans ces cas-là, il faut argumenter, être pédagogique et convaincre. Il faut aussi savoir trouver des compromis quand c’est possible, sans jamais compromettre la sécurité. C’est un équilibre délicat entre technique, communication et pression économique.

Qu’est-ce que l’AFORP t’a apporté ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’expérience Erasmus que j’ai pu faire en Finlande. Ça m’a ouvert culturellement et m’a permis de découvrir d’autres façons de travailler. Sinon, les compétences techniques acquises, notamment en soudage et en travail en atelier, me servent encore aujourd’hui. Beaucoup d’inspecteurs n’ont jamais été sur le terrain, alors que moi, je comprends la faisabilité des travaux, ce qui est un vrai avantage.

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes actuellement en formation ?

Je leur dirais d’être curieux. Il faut s’intéresser à tout, aller sur le terrain, participer à des salons, découvrir différents métiers. La chaudronnerie offre beaucoup de débouchés, souvent méconnus. Il faut aussi travailler l’anglais, parce que ça ouvre beaucoup d’opportunités, notamment à l’international. Et ne pas hésiter à poursuivre ses études pour élargir ses possibilités.

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